Vous reprendrez bien un peu de rigueur ?
27 octobre 2011

J’ai assisté effaré ce matin aux commentaires sur les résultats du sommet européen. Les européens auraient remporté une grande victoire contre la crise ? Balivernes. Les pays de la zone euro sortiront plus pauvres et moins souverains de ce nouvel épisode où les dirigeants européens ont une nouvelle fois démissionné face aux marchés.
Que s’est-il passé hier a Bruxelles ?
1. Contre l’intérêt des citoyens et des entreprises européennes, l’Europe généralise et amplifie l’austérité. Les européens ont choisi le pire. Ainsi l’accord prévoit «l’adoption par chaque État membre de règles sur un budget équilibré transmettant le Pacte de stabilité et de croissance dans la législation, de préférence au niveau constitutionnel ou équivalent, d’ici fin 2012». La règle d’or qui empêche toute politique contra-cyclique et réduit les États au rôle d’observateur des marchés et du fonctionnement de l’économie, est généralisée. Aussi, après la Grèce, le Portugal et l’Espagne, Berlusconi est venu rajouter l’Italie à la liste des pays soumis à une violente cure d’austérité. Ce matin, dirigeants européens et éternels commentateurs de la scène économique européenne se réjouissaient de concert de l’impact positif de cet accord sur les marchés. De quoi se réjouit on en fait ? De la nouvelle retraite à 67 ans en Espagne et en Italie ? Du gel des salaires de la fonction publique et des pensions en Grèce ? De la vente à la découpe de la Grèce et du démantèlement des services publics partout ailleurs en Europe ? De la liquidation de la protection sociale ? De la hausse de la TVA en Grèce et bientôt en France ? Ainsi se confirme le « désastre » annoncé en mai 2011 par Stiglitz prix Nobel d’économie 2001. Ainsi se poursuit sous les hourras la « saignée » tant redoutée par Krugman prix Nobel d’économie 2008. Ainsi s’organise le scénario suicidaire de l’austérité a contrario de l’impérieux besoin de relance de l’économie européenne. Voilà ce que fêtent Nicolas Sarkozy, Angela Merkel , banques et assurances qui se jetteront sur le pactole de la privatisation de la sécurité sociale et des services publics. L’Europe offre aux marchés la dépouille de l’État social. Les marchés tressaillent de bonheur et il faudrait sabrer le champagne !
2. Les européens abandonnent une part supplémentaire de souveraineté. L’Europe est la seule puissance économique qui ne maitrise pas sa politique monétaire. Les pays de la zone euro ne fixent ni les taux d’intérêts ni les taux de change à la différence capitale de tous leurs rivaux commerciaux, américains, chinois, indiens, russes, brésiliens, japonais ou autres. L’Allemagne, moins par doctrine que par intérêt, s’est refusée à une remise en cause de l‘indépendance de la BCE et à un changement de ses statuts lui autorisant de racheter directement, dés que nécessaire, la dette souveraine des États membres de la zone euro. Ainsi plutôt de choisir la simplicité et de reconquérir leur souveraineté économique, les européens ont créé le FESF. Celui-ci, trop mince pour faire face à l’ampleur de la crise des dettes souveraines avait besoin de nouveaux financements. Là encore la logique et l’intérêt des européens auraient été d’alimenter le fonds par la création d’Eurobounds. Nouveau refus. C’est en allant chercher un chèque des chinois, des indiens des russes et des brésiliens que l’Europe va gonfler le FESF. Non contents d’abandonner leur souveraineté monétaire à la BCE, les européens se lient les mains, en sollicitant une aide dont les contreparties excluent à court terme toute politique européenne de protection vis à vis de la Chine et des autres émergents de nos intérêts stratégiques industriels. Que restera-t-il de la capacité des européens à négocier en bilatéral ou dans le cadre multilatéral de l’OMC dés lors que la stabilité de la zone euro dépend des robinets financiers de Pékin, Moscou ou New Delhi ?
3. Et l’intégration européenne dans tout cela ? Au bord du précipice, les européens allaient faire le grand bond fédéral racontait-on… La seule discipline qu’ils s’appliquent est la discipline budgétaire exigée par les agences de notation et les marchés. Derrière pas un pas en faveur d’une taxe sur les transactions financières, l’harmonisation fiscale et encore moins la convergence sociale. Hier soir l’Europe a encore reculé.
L’automne européen s’assombrit un peu plus.
>> Retrouvez le communiqué du Parti Socialiste, « Un accord a minima qui ne prend pas la mesure de la gravité de la crise »







Fatima Benomar
27 octobre 2011 à 17:06
Cher Benoit Hamon, partez ! Partez !! La gauche du PS est son éternelle cocue, quand a-t-elle eu une réelle influence sur la politique menée ? Quelle garantie avez-vous que vous ne servirez pas de caution inutile à un gouvernement foncièrement social-démocrate ? Il n’est plus temps de tergiverser, le peuple est en danger et le PS complètement libéral et européo-inconscient !
Virginie
27 octobre 2011 à 18:45
Attendons le printemps…
Jor
27 octobre 2011 à 19:54
@Fatima Benomar:
Et si les gens comme Hamon quittent le seul parti qui a une chance de faire changer les choses, il restera qui ? Il restera que des libéraux ou des sociaux-démocrates. C’est l’inverse qu’il faut faire ! On ne pourra pas tirer le PS vers la gauche si on s’en lave les mains !
Robert
27 octobre 2011 à 20:42
Les choses sont posées, les marchés peuvent faire bombance, le petit peuple serrer la ceinture d’un cran… Tandis que les « experts », toujours les mêmes, se congratulent avec la dernière des vulgarités sur les ondes.Il me semble que toutes les bornes, toutes les limites sont désormais franchies, l’indécence est au pouvoir. Allez vous, Cher Benoit, nous étonner ? Il serait temps…
Samy de Sevrage Tabac
21 novembre 2011 à 10:07
Bonjour M.Hamon,
Il y a beaucoup de vrai dans ce que vous dites, mais pourquoi les socialistes ne parlent pas de la fameuse loi dite loi Rothschild ? Je ne l’ai entendu que de la bouche de Le Pen et de Mélenchon. Pourtant sans cette loi, la situation actuelle changerait complètement et la loi des taux d’intérêts serait quasiment morte ? Y’a t-il un tabou que le petit peuple n’a pas su/pu voir ?
Cordialement,
Raphael
22 novembre 2011 à 14:16
Les choses avancent, quoi qu’on en dise… Comme dit le proverbe, continue de creuser, tu finiras par en voir le bout. Heureusement que des gens comme vous nous apportent quelques lumières dans ce long tunnel que nous subissons depuis 4 ans maintenant !
Prenez votre temps, gagnez votre place, continuez d’être patient comme vous le faites si bien… un jour sera le votre, ,j’en suis persuadé.
Joel
11 décembre 2011 à 21:25
ce qui m’inquiéte , c’est quand Valls nous rabache sans cesse , « il faut dire la vérité aux français » comme ce samedi sur » on n’est pas couché » mais quelle vérité ? Celle de faire des efforts devant la gravité de la situation ? Assez de cette propagande libérale !
La vérité, c’est que ce systéme est moribond , que , comme un serpent il se mort la queue !
Quand allez vous le dire? comme P. Jorion, au lieu de vous inscrire dedans !
Et dites bien à ce Valls , comme Bruel le lui a rappelé , que la bataille de 2012 , ne se gagnera pas avec le centre , mais à gauche !