Benoît Hamon - Porte-parole du Parti Socialiste
Benoît Hamon Benoît Hamon

Revue de presse

Qui doit payer la facture de la fracture énergétique ?

23 février 2010

Facture EDF

« Précarité énergétique »… encore une expression technocrate à souhait, qui édulcore une réalité sinistre et peu nouvelle pour celles et ceux qui la subissent.

De quoi s’agit-il ? Sont considérées en situation de précarité énergétique les personnes à faibles revenus, qui occupent des logements mal isolés et ont du mal à s’acquitter de leurs factures d’énergie. Soit aujourd’hui, quelque 3,4 millions de Français. Parmi eux, 300 000 ménages se chauffent peu ou ne se chauffent plus. 87% vivent dans le parc privé et 70% font partie de la population qui perçoit les plus faibles revenus.

Une fracture sociale
Cette précarité énergétique engendre de fait une « fracture énergétique », comme le constate l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). Les travaux de cette agence révèlent que les ménages les plus pauvres consacrent 15% de leur revenu net aux dépenses énergétiques (gaz, électricité, combustibles liquides et solides), contre 6% pour les ménages les pus riches. L’augmentation des prix des combustibles fossiles (+3% annuels depuis 1995) a considérablement aggravé cette disparité sociale. « En 2001, remarque l’Agence, la part des dépenses énergétiques des 20% de Français les plus défavorisés représentait 1,6 fois celle des 20% les plus aisés, contre 2,5 fois aujourd’hui. L’accroissement de l’écart tient notamment au fait que les revenus des franges les plus aisées de la population ont progressé plus vite que les prix des énergies. » Ce qui n’est évidemment pas le cas pour les personnes défavorisées, contraintes de vivre dans des logements à la limite de la salubrité, mal ou pas isolés. Parmi elles, 62% sont propriétaires de leur habitation et 55% ont plus de 60 ans. Faut-il s’en étonner quand on sait que la moitié des salariés français qui prennent aujourd’hui leur retraite perçoivent moins de 1000 € par mois et que 600 000 personnes touchent le minimum vieillesse qui s’élève à 677€ mensuels ? Tout est dans tout. Et cette « précarité énergétique » est un nouvel avatar de la pauvreté — car tel est le mot, cessons les euphémismes — qui touche notre pays. Une pauvreté engendrée par la politique économique de la droite qui correspond à un choix de société pensé et assumé.

Une fracture centre-ville/quartiers et ville/campagne

On observe également que les personnes victimes de précarité énergétique sont celles qui vivent dans des zones excentrées, loin des centres-villes devenus financièrement inaccessibles. La voiture est souvent leur seul moyen de transport. S’ajoutent donc aux factures d’énergie du logement, celles d’essence. Tout est dans tout, redisons-le. Et la fumeuse taxe carbone concoctée par le gouvernement pénaliserait encore un peu plus ces populations ultra-fragilisées. Même chose pour les personnes vivant en zone rurale. Toujours selon les travaux de l’ADEME, la facture énergétique des habitants des grandes agglomérations qui disposent de réseaux de transports en commun denses est inférieure d’un tiers à celle des ruraux : « La part des achats de combustibles fossiles dans le revenu peut être multipliée par six pour un ménage rural pauvre, par rapport à un ménage riche citadin », précise l’ADEME.

La précarité énergétique est l’affaire de tous

Les personnes les plus défavorisées occupent les logements les plus consommateurs d’énergie donc les plus onéreux en termes de facture énergétique. Ce qui confirme notre conviction que le combat écologique ne peut être dissocié du combat social. Sauf à faire peser sur les plus pauvres tous les maux environnementaux, dont ils sont aussi les victimes.

Le gouvernement a missionné un groupe de travail sur le sujet, piloté par l’ANAH (Agence Nationale de l’Habitat) et la Fondation Abbé Pierre. Suite à leur rapport, il a mis en place un plan qui ne retient ni l’idée d’inscrire la performance énergétique dans les textes de lutte contre l’habitat insalubre, ni celle d’un bouclier énergétique pour aider au paiement des factures ; deux idées pourtant préconisées par les auteurs. Rien non plus sur le parc locatif social ; le gouvernement propose des aides financières partielles aux travaux de rénovation thermique des logements des propriétaires pauvres. Or, nombre de ceux-ci sont dans l’incapacité financière de débourser un centime, compte tenu de leurs revenus. Et quid des locataires qui ne peuvent de bonne foi régler leurs factures ?
Les auteurs du rapport « précarité énergétique » ont estimé le coût d’un plan efficace et solidaire à près de 4 milliards d’euros sur dix ans. Or, le gouvernement en prévoit 1, 25 (500 millions d’euros au titre du Grand Emprunt, 150 millions par les fournisseurs d’énergie et 600 millions répartis entre l’ANAH et l’ADEME). Pour le reste, il compte  sur des contrats locaux avec les collectivités territoriales, au premier rang desquelles les départements, déjà financièrement étranglés (notamment les plus populaires) par le désengagement de l’État.
Paradoxe imbécile ou nouveau coup bas, au moment où Nicolas Sarkozy prône la réforme des collectivités territoriales et la suppression de la taxe professionnelle ? Rappelons que jusqu’en 2004, le fonds social pour le logement était abondé à parité par l’État et les départements et qu’il ne l’est aujourd’hui que par les seuls départements. Que se passera-t-il en outre si la clause de compétence générale est supprimée ?
Autant de questions dont nous pouvons aisément deviner les réponses, au regard de la ligne libérale dure imposée par Nicolas Sarkozy.

Nous devons exiger la prise en compte de toutes les propositions du groupe de travail « Précarité énergétique », en particulier celles qu’il préconise à l’État.
La lutte contre la précarité énergétique doit être inscrite dans la loi, afin que soit défini un cadre d’action. Il faut parallèlement créer un bouclier énergétique digne de ce nom, adapté à l’urgence sociale et environnementale et qui propose une dotation énergie pour aider les plus pauvres à faire face à leurs dépenses.
Lors de l’hiver particulièrement rigoureux que nous avons vécu cette année dans notre pays, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants n’ont pu se chauffer décemment.
Au nom de la modernité sans doute…

9 commentaires

  1. Régis C.

    5 mars 2010 à 20:37

    Est-il bien pertient de comparer l’évolution de la facture énergétique sur cette période et en faire un indicateur du bine-être ou du mal-être des Français?
    Le cours du baril de Brent était historiquement bas en 1995: moins de 20 $. Actuellement il flirte avec les 80. Quelle solution avez-vous pour réguler ce marché, principalement influencé par les tensions géopolitiques et l’augmentation des coûts d’extraction?
    Un nouvel impôt???

  2. Valérie

    5 mars 2010 à 23:37

    Un seul thème de campagne à initier dès maintenant pour 2012 :

    Stopper le néolibéralisme qui provoque la montée du chômage en surchargeant de travail certains (non remplacement de salariés) et en créant du surnuméraire (chômage) + exploitation des individus (précarité) et dont le corollaire de tout cela est le bradage des diplômes (employés de + en + qualifiés et rémunérés de moins en moins bien).
    Absolument scandaleux et désespérante cette société !!!

    Un tel message avec autant de chômeurs, de précaires etd’emploés surdiplômés par rapport aux postes qu’ils occupent ne peut que convaincre les électeurs de la nocivité du programme de droite !!!
    Et la droite ne peut pa dire qu’elle fait tout pour stopper le néolibéralisme parce que la France est aujourd’hui pire que les Etats-Unis en niveau de qualité de vie et espérance en l’avenir !!

  3. Valérie

    6 mars 2010 à 00:41

    http://www.dailymotion.com/video/xataop_scarlett-johansson-ft-pete-yorn-rel_music

    Qui en cadeau ? Moi ou scarlett ?

  4. rosalie

    9 mars 2010 à 18:51

    Alors là Valérie vous y allez fort et je ne vais pas être d’accord avec vous. Je ne peux pas vous laisser dire que la France est aujourd’hui pire que les Etats-Unis en niveau de qualité de vie et espérance en l’avenir.
    Qu’il y ait ple de chômage, d’emplois précaires, de dévalorisation des diplômes (et cela ne date pas d’aujourd’hui ni même d’hier) OK mais il faut vivre aux Etats Unis un minimum pour comprendre que la France est encore un « eldorado » (qui s’épuise certes) par rapport aux USA. Le rêve américain n’est plus ce qu’il était et il ne faut pas faire croire des choses qui ne sont pas tout à fait exactes.

  5. Valérie

    10 mars 2010 à 01:51

    Climat très morose sur la France depuis que la droite est au pouvoir et surtout depuis que Sarkozy est en place !!!

    Sarkozy, c’est qui déjà ?
    Ah oui, le gars qui a écrit le mode d’emploi pour produire du surnuméraire sur le marché de l’emploi, du SDF, des surendettés, des retraités qui travaillent sans percevoir leurs cotisations retraite durant les périodes travaillées au cours de la retraite, des jeunes diplômés plongés dans la morosité !!!
    « N’ayez pas peur », il disait mais c’est pas lui physiquement qui fait peur, ce sont les mesures politiques qu’il conduit !!!

  6. Olivier

    22 mars 2010 à 10:41

    A quand la fin de la langue de bois ?
    1 – Depuis 1973, la dette a été remise entre la main des banquiers ( loi 73-7 du 03/01/1973 relative à la Banque de France; article 25 :  » Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France.  » ); ce qui leur rapporte chaque jour environ 150 millions d’euros (soit environ 50 milliards/an) rien qu’en INTÉRÊTS (!). Loi relayée pour Maastricht à l’article 104 en 92 et en 2009 à l’article 123. Soit plus de 1300 milliards d’euros depuis 1974 dans la poche des banquiers internationaux (60%) et nationaux (40%) rien qu’en INTÉRÊTS (!!).
    2 – En 1994 à Marrakech et prenant effet début 2000 a été signé l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS). Cet accord avec l’OMC a pour mot d’ordre  » la libre concurrence non faussée  » et met en concurrence nos services publics avec obligation pour l’État de subventionner le  » privé  » se plaçant sur le marché du  » public  » (!!!). Signalons au passage que l’OMC est la seule institution intégrant son propre tribunal (l’ORD) permettant de sanctionner directement les pays ne se pliant pas à la règle de  » la libre concurrence non faussée  » en ayant la possibilité de les sanctionner avec des amendes impayables car relativement élevées.
    3 – Les accords Euro-Atlantiques signés à l’Europe et mettant en place un marché encore plus ouvert, une force armée commune (d’où l’entrée de la France dans l’OTAN qui se devait d’être faite avant début 2010 suivant les accords…), un parlement commun (USA & UE), des barrières douanières et financières plus souples à l’avantage des USA, etc. Finalisation de la mise en place de ces accords prévue à 2015…
    En tant que politiques, vous ne pouvez ignorer ces trois faits sus nommés et pourtant jamais cela n’est entendu dans vos bouches ni même lu dans vos écrits ? Pourtant avec 1300 milliards d’euros évaporés en fumée dans la poche de financiers internationaux au titre d’intérêts sur une dette non souveraine, qu’est ce que nous aurions pu faire en matière de services publics, d’énergie, d’éducation, de santé, de logement social, de retraites,etc. non ? Pourquoi ne soulevez vous jamais ces points ? Qui tire réellement les ficelles messieurs dames ? Quel homme ou femme politique aura le courage de nous dire la vérité de nos jours plus que de faire du vent avec des discours de rassemblement autour de projets n’attaquant jamais le fond de la question et du système : Qui dirige réellement le monde et de par ce fait la France ? Le pognon et la finance ou bien nos politiques ? Les faits quotidiens nous donnent de plus en plus la réponse et de plus en plus de gens se rendent bien compte que les politiques ne sont plus que des façades, des marionnettes n’ayant plus aucun réel pouvoir sur la finance. Voyez nos représentants Européens non élus; ces fameux commissaires et toute la clique. Voyez le non français de 2005 et comment ils ont fait pour passer cette constitution : aux forceps… etc. etc. A qui profite ces crimes ??? Qui pollue et qui paye ? Qui crée des bulles et des  » crises économiques  » (afin d’en sortir encore plus grandi) et qui paye ? Qui a donné autant de pouvoirs aux Marchés et qui ne les dénonce pas aujourd’hui ?
    A quand la fin de la langue de bois ?

  7. laurent

    6 avril 2010 à 18:08

    Cher Benoît Hamon, je réagirais sur un autre sujet. Qui n’est pas abordé ici. En une question: trouvez-vous normal qu’à l’heure où le risque terroriste n’est toujours pas écarté sur notre territoire, en autres risques, les services de renseignement soient mobiliés par Nicolas Sarkozy pour dénicher l’auteur éventuel d’une rumeur sur son couple ? Sinon, n’est-pas une problématique à soulever?
    Sauf erreur de ma part, la rumeur faisant état d’une liaison entre madame C et un chanteur n’a aucune implication sur le fonctionnement de l’état et l’argent public servant à rémunérer des fonctionnaires comment ceux des renseignements serviraient mieux à enquêter sur d’autres problématiques, qui, elles, concernent les contribuables.

  8. LAMAND MICHELINE

    10 avril 2010 à 18:52

    c’est bien de dénoncer la politique catastrophique, profondément injuste, élitiste et bananière que met en place Sarkozy depuis son élection. C’est bien mais ce n’est pas suffisant ! Tout d’abord vous êtes encore inaudibles, vous ne diffusez pas suffisamment vos idées par tout moyen possible : tracts, publicité, presse, etc … Ensuite il faudrait que vous montriiez aux gens que vous vous battez de toutes vos forces contre les réformes de ce pouvoir, ce n’est pas l’impression que vous donnez ! Enfin n’oubliez pas que si les gens ont voté massivement pour la gauche aux élections régionales, c’est qu’ils placent une espérance immense en vous : si vous deviez perdre l’élection présidentielle de 2012, ce serait une catastrophe dont les français ne se remettraient pas et vous en voudraient pour très très longtemps !
    Je dois vous dire que personnellement je vous en veux terriblement, à tous les hauts personnages de la gauche, d’avoir fait capoter l’élection de Ségolène ! A cause de votre parti-pris, nous en avons pris pour 5 ans avec un ultra-libéraliste ; vous êtes pour beaucoup responsable de la défaite de Ségolène car elle aurait dû être élue, et quoi que vous en pensiez, avec elle, nous n’aurions pas subi tout ce que nous subissons actuellement !
    J’espère que vous avez tiré les leçons de cet échec de 2007 et que vous ne recommencerez pas !

  9. Black Jack

    11 avril 2010 à 23:04

    Faut pas rêver de mettre la France sur une ile ou a l intérieur d une forteresse. Il faut trouver des solutions pour vivre avec le monde tel qu il est même si l nous plait pas !!
    Pour sortir de la crise il faut recréer des emplois industriels et ainsi créer des la richesse qui permettra de combler le déficit et de venir en aide a ceux qui en ont besoin.
    Pour cela il faut baisser le cout du travail en France, je dis bien le cout pas les salaires, c est a dire qu il faut faire supporter une part des charges salariales par autre chose tels que les revenus financiers par exemple.
    Le but etant de rendre la France plus compétitives par rapport a d autres pays, ce qui n est pas le cas actuellement.
    J attends du PS des propositions concrètes et chiffrées sur ce sujet

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aie crainte de la chèvre. Amadou Hampaté Ba