Zoom sur le "plan Obama"
25 janvier 2010
Le plan proposé par l’administration Obama a deux principaux objectifs :
- limiter la taille des banques commerciales en les empêchant de réaliser des transactions pour compte propre (pour leur propre bénéfice et non celui de leurs clients),
- réduire leurs activités à risque, en leur interdisant d’investir dans les hedge funds et les fonds de capital investissements.
La principale cible de ce plan est le trading pour compte propre, qui permet aux banques d’afficher des taux de rentabilité de près de 30%. L’ensemble des activités de trading et de gestion de portefeuilles en compte propre a représenté 90% des résultats avant impôts l’an dernier. Le modèle américain est principalement un modèle de banques mixte, mêlant activités d’investissement et de dépôts.
Les principales banques visées par ce plan sont JP Morgan Chase, Citigroup, Bank of America et Wells Fargo.
Plusieurs mesures sont avancées, qui pourraient changer la nature des banques américaines :
l’instauration de nouveaux plafonds en termes d’engagements aux institutions « too big to fail » afin de limiter leur taille, en complétant les plafonds limitant la part de marchés des dépôts
l’interdiction pour les banques de dépôts de posséder des fonds d’investissement spéculatifs, ou de les financer,
l’interdiction pour les banques de dépôts qui réalisent de la spéculation pour compte propre d’accéder au guichet d’escompte de la Fed (facilités de caisse que la Fed réserve aux banques commerciales), et les priver de la garantie fédérale sur les dépôts de leurs clients.
Un plan dans l’esprit du Glass-Steagall act :
La série de mesures annoncée ne va pas jusqu’au rétablissement du Glass-Steagall act de 1933, loi bancaire qui avait instauré une stricte séparation entre les banques de dépôts et les banques d’investissement pour réduire les risques, mais elle s’en inspire fortement.
Si elles sont appliquées, ces mesures limiteront la spéculation dans les établissements qui bénéficient de la garantie publique de l’Etat fédéral et donc les risques d’instabilité financière.
Les banques de dépôts ne pourront plus utiliser de façon trop risquée le capital dont elles disposent. Par ailleurs, ce plan réduit également les moyens des fonds spéculatifs adossés aux banques ou financés par elles. Il réduirait donc les possibilités de profits financiers à court terme et démesurés en faveur des actionnaires.
Ces mesures pourraient ainsi conduire à une plus forte distinction entre banques de dépôts et banques d’investissement. Seule une telle séparation peut permettre de réorienter les activités des banques vers le financement de l’activité économique et limiter l’impact des crises financières sur le financement de l’économie.
Avec une telle réforme, les Etats-Unis s’avancent dans la voie de la régulation financière. Loin des grands discours du Président de la République, la France et l’Europe restent pour le moment à la traîne.
On voit bien alors la différence entre un pouvoir qui démissionne face à la crise et un pouvoir qui tord et transforme les règles du jeu Il est temps maintenant de passer aux actes.







Am.Tal
25 janvier 2010 à 20:01
Le plan est audacieux, mais pensez-vous qu’il sera valide par le Congres ? La décision « citizens united » de la cour suprême qui deplafonne le financement politique par les grosses Cies et notamment les banques ne tue-t-elle pas dans l’oeuf ce plan ?
johnewan
25 janvier 2010 à 20:33
Il est évident que le politique doit trouver les solutions pour contrer les excès de la finance. Le cloisonnement relatif des opérations et la réglementation sur les opérations à terme sont sans doute des pistes de réflexion sérieuses Deux difficultés cependant , au delà de l’intention louable : D’abord définir la frontière entre excès et risque acceptable pour un banquier dont le métier est aussi de placer l’épargne des ses clients, ensuite de coordonner les politiques au niveau international étant entendu que les intérêts des états divergent obligatoirement dans certains domaines (sans même parler des chois publics contestables avant les élections
Bref , ce qui intéresse en ce lieu, est de connaître les propositions du PS pour avancer sur le sujet. Ce qui intéresse également est de savoir si ces propositions ont une chance d’être prises en compte par l’UE.
Pour le reste … (j’avais déjà l’intuition que j’étais plus proche d’obama que de sarkozy, )
Otman El Harti
25 janvier 2010 à 20:47
Ne serait il pas plus correct de parler de Banques d’affaires plutôt que de Banques d’investissements compte tenu du poids de la spéculation pour compte propre et le peu de fond véritablement investi dans ce que l’on nomme l’économie réelle ???
D’ailleurs, la raison de la création des marchés boursiers devenus par la suite financiers (technicisation et sophistication aidant) était de lever des fonds pour financer les réalisations que les seuls fonds publics ne pouvaient supporter…quand on voit ce que c’est devenu et les impacts négatifs que cela engendrent sur nos vies quotidiennes, il est plus que nécessaire de redéfinir le rôle et les fonctions des différentes entités du système financier et bancaire.
o
26 janvier 2010 à 14:54
Suite à l’INCROYABLE décision, le 21 janvier, par la Cour Suprême, considérant que les limitations du financement politique par les entreprises sont contraires au premier amendement de la Constitution:
USA, Nov 2008: GoogleObama VS ExxonMcCain ? Un scénario-fiction désormais imaginable ?
C’est la question trouvée sur Pnyx. Pour donner votre opinion:
http://www.pnyx.com/fr_fr/poll/508
Demain, si la constitution reste en l’état, une « super marque » créera-t’elle son propre candidat ? Ou au-contraire, une entreprise commerciale n’aura-t’elle jamais intérêt à se marquer autant politiquement ?
A votre avis ?