Urgence au service public de l’emploi
4 janvier 2010
Affecter un petit millier de salariés supplémentaires en contrats précaires à Pôle Emploi ; et accélérer le transfert des dossiers de demandeurs d’emplois vers le secteur privé – pourtant moins efficace que le service public comme le souligne le comité chargé de son évaluation. En clair, on se planque et on externalise. Voilà la réponse de Laurent Wauquiez aux 4,31 millions demandeurs d’emploi inscrits, toutes catégories confondues, recensés en France en novembre 2009 et aux agents de Pôle Emploi, le service public chargé de les accompagner.
Car près d’un an après la fusion des services du placement et de l’indemnisation des chômeurs, l’intégration à marche forcée de l’ANPE et de l’UNEDIC au sein de Pôle Emploi se déroule toujours dans des conditions désastreuses. Le manque d’effectifs, de moyens et de formation des agents engendre aujourd’hui désarroi, colère et souffrance des deux côtés du guichet. Ce choix du Gouvernement de faire des économies sur l’accompagnement des demandeurs d’emploi a inévitablement des répercussions sur les chances de ces derniers à retrouver un emploi correspondant à leurs qualifications.
En octobre 2009, Eurostat classe la France parmi les mauvais élèves de l’Europe avec un taux de chômage de 10,1% de la population active supérieure à la moyenne européenne établie à 9,3%.
Le Royaume-Uni, le Danemark et les Pays-Bas consacrent 3 fois plus d’argent par chômeur que la France pour accompagner le retour à l’emploi. Leurs taux de chômage respectifs s’établissent en conséquence à 7,8%, 6,9% et 3,7% de leurs populations actives respectives. Investir dans le service public de l’emploi ne remplace pas une indispensable politique nationale de création d’emplois mais contribue néanmoins à doper le marché du travail, diminuer le chômage, stimuler la consommation et donc à favoriser la relance économique.
Rien de cela en France. Pire, en dépit de l’aggravation de la crise économique et des multiples signaux d’alertes envoyés par les syndicats du Pôle Emploi, la situation dégénère.
Du côté des agents, la grève très suivie du 20 octobre dernier et les mouvements sociaux ponctuels qui depuis éclatent régulièrement au niveau local sont des indicateurs indéniables de la pression psychologique croissante qui pèse sur les salariés de Pôle Emploi. Désormais, la multiplication des tentatives de suicides de salariés de l’établissement (trois en Île-de-France en novembre dernier) imputables tout ou partie, aux conditions de travail donnent un relief dramatique supplémentaire à la dégradation du climat social dans le service public de l’emploi. Avec un nombre de dossiers à traiter qui s’élève couramment à plus de 150 demandeurs d’emploi par agent, pour un objectif initial officiel compris entre 30 et 60, ils n’ont pas les moyens de mener à bien leur mission et de répondre aux demandes et besoins du public accueilli. « On est des agents d’une gare de triage » lâche une conseillère, tandis qu’un directeur régional parle d’agents « anxieux et fatigués » et exprime sa peur des dérapages.
Et que dire du quotidien des demandeurs d’emploi ! Rechercher un travail et recevoir un courrier commençant par « faisant suite à notre entretien » quand l’entretien n’a jamais eu lieu. Chercher à connaître ses droits et attendre 20 minutes au téléphone pour n’avoir au final personne au bout du fil. Être injustement radié parce que, faute d’avoir pu payer l’opérateur téléphonique, on n’a pas reçu une convocation. Attendre plusieurs mois avant de percevoir ses indemnités chômage. Ce sont autant de situations qui accroissent rapidement l’incompréhension et l’exaspération face à une administration soupçonnée d’être pressée d’évacuer les chômeurs de ses registres non pas grâce à un retour à l’emploi mais par décision administrative et arbitraire.
Cette exaspération est attestée par la multiplication des incidents violents dans les agences du Pôle Emploi. La direction de Pôle Emploi, elle-même, admet plus de 2000 agressions dont 63 physiques en huit mois.
Et si la situation est déjà critique, le désastre à venir est prévisible : tous les économistes sérieux indiquent que le nombre de chômeurs ne cessera pas d’augmenter dans les prochains mois si le gouvernement maintient sa politique. Alors que le nombre d’inscrits à Pôle Emploi a augmenté de plus de 500 000 en un an, une augmentation du même ordre est à prévoir dans l’année 2010.
Que dire de la catastrophe sociale qui s’annonce avec l’arrivée d’un million de demandeurs d’emploi en fin de droits en 2010. Le gouvernement doit immédiatement annoncer le prolongement des droits à l’indemnisation des chômeurs menacés de basculer dans l’exclusion et le dénuement le plus complet par la perte de leurs indemnités.
L’Allemagne indemnise 1,4 fois mieux ses chômeurs que la France, la Belgique 1,7 fois mieux, le Danemark 2,6 fois mieux et les Pas Bas 2,7 fois mieux. Si la taxe sur les bonus doit donc servir à une seule et unique cause, qu’elle serve à financer la prolongation et l’augmentation des droits à l’indemnisation des chômeurs.
En France, le Président est content de lui et ses ministres le relaient sur le même registre d’autosatisfaction. Ils commentent les « chiffres du chômage » en se limitant au recensement des demandeurs de catégorie A, comme si les centaines de milliers d’autres chômeurs n’existaient pas. Un déni de réalité et un déni de souffrance sociale qui valaient bien d’être écornés. Laurent Wauquiez et Christian Charpy s’en sont émus. A dire vrai, en observant l’injustice sociale dont sont victimes les demandeurs d’emploi comme les salariés du Pôle Emploi, je ne suis pas certain d’être fâché qu’ils en fussent agacés.







Amélie
4 janvier 2010 à 16:35
encore un service public que le gouvernement sabote pour légitimer la privatisation… pour la poste, pour l’éducation, pour la santé, pour tout ce qui est indispensable aux citoyens et à l’exercice de leurs droits, l’UMP commence par saccager, contemple son carnage et dit « vous voyez, le public n’est pas capable de mener les missions à bien, il faut privatiser ». Dans le meilleur des cas, ils se contentent de transférer aux collectivités des fantômes en attendant d’elles qu’elles les fassent ressusciter pour mieux le leur reprocher ensuite…
Elu CNHSCT
4 janvier 2010 à 18:55
Nous observons tous, et les agents le vivent de l’intérieur, le démantelement méthodique du service public de l’emploi.
Les chiffres cités dans ce billet sont exacts, à quelques « nuances » près:
Sur les 10 premiers mois de 2009, il y a eu au minimum (chiffres de 27 établissements régionaux sur 29) :
- 3550 agressions verbales et menaces,
- 130 agressions physiques,
- 5 suicides et 17 tentatives de suicide,
- 20 autres décès (crise cardiaque, accident sur le trajet domicile-travail, etc)
- un nombre indéfini d’intoxications et de malaises, dus aux chantiers menés sans fermeture des sites (peintures, émanations toxiques, etc)
et le 23 décembre, l’année s’est terminée pour Pôle emploi avec une prise d’otages (avec arme à feu et couteau). C’était à Morteau (France-Comté).
La réponse à cette situation ?
La Direction de Pôle emploi a décidé de supprimer l’instance nationale chargée de la santé et des conditions de travail, le CNHSCT.
Si on n’a plus de thermomètre, on ne sera plus malade…
Valérie
5 janvier 2010 à 00:42
Sur les agressions envers les agents, tout dépend des conseillers que l’on a en face de soi, il y en a bien humainement et d’autres qui gèrent les personnes qui ont le malheur de se retrouver au chômage comme des délinquants donc pas si étonnant que cela qu’il puisse y avoir des agressions. Il y a des fonctionnaires qui sont humains et compatissent au fait qu’il puisse y avoir des gens qui n’ont pas la sécurité de l’emploi et vivent des périodes difficiles financièrement avec la carence comme guise de punition d’être sans emploi et ceux qui sont confortablement assis dans leur siège et ne se posent la question du lendemain qu’en termes de projet de vacances ou de projet autre bien heureux quand des chômeursse demandent comment ils vont faire pour assumer leurs factures et s’ils vont trouver un emploi en lien avec leurs qualifications.
Benoît Hamon, tu cites le Royaume Uni notamment (je ne sais pas ce qu’il en est des autres) comme modèle mais il est facile de diminuer le taux de chômage à partir du moment où l’on supprime du compte les personnes occupant un emploi à temps partiel !
A ce propos en parlant de chômage, j’ai dû renoncer à 2 postes cette année pour enseigner à l’Université (poste qui m’aurait permis dans le même de remplir les conditions pour canditater sur un poste d’universitaire et opportuité qui ne se représentera peut-être plus jamais) parce qu’une sale conne incompétente de fonctinnaire a très probablement fait une boulette en me isant queje ne pouvais pas démissionner de mon allocation de recherche pour alle sur ce poste et ainsi continuer et finir de travailler sur ma thèse dans la sérénité.
Donc je pense très très sincèrement que parfois il ne faut pas que des gens aient le statut de fonctionnaire à certains postes clés dans les Universités comme par exemple au sein d’une Ecole Doctorale (poste où le personnel est censé se démener pour sortir les doctorants de la précaritéafin qu’ils travaillent leur thèse dans de bonnes conditions or en France ilexiste des Ecoles doctorales qui font précisément l’inverse). Plusieurs doctorants ont u à subir les conséquences désastreuses sur leur devenir de ce service et que se passe-t-il pour des fonctionnaires proétégées par l’immunité ? Rien.
Résultat: en décembre: aucune rentrée d’argent et désormais oblgation de pointer chaque mois et de me justifier sur le pourquoi de mon chômage alors que j’avais trouvé 2 opportunités de poste mais une fonctionnaire enfi une paire de fonctionnaires en a décidé autrement.
Moralité: si j’ai des enfants, je ne voudrai surtout qu’ils fassent l’Université surtout dans les filières des lettres, sciences sociales et humaines sur le territoire français quand on prend la peine de savoir comment les étudiants sont mieux considérés au Canada ou aux Etats-Unis.
Avant d’avoir une allocation de recherche pour 18 mois, j’ai travaillé comme surveillante dans l’Education nationale mais je ne trouverai jamais un poste à cette époque de l’année alors que c’est le seul job qui laisse du temps pour les études.
Bref, je ne pardonneai et n’oublierai jamais ces 2 personnes de ce service et une fois ma thèse terminée, je ferai signalement absolument partout où je pourrai le faire car il ne faut pas que fonctionnaire rime avec immunité or cela est bel et bien le cas actuellement !
Des fonctionnaires ont un droit à gâcher la vie des autres et tout cela sans remords.
Donc au lieu de parler des fonctionnaires, le parti socialiste ferait bien mieux de parler des vrais problèmes des français et de tous les français: le mal-logement, le coût trop élevé des transports et des factures comme l’eau, le déclin financier de la recherche car les universités au Canada et aux Etats-Unis sont très bien équipées pour avancer sur la recherche, les profs reçoivent et encadrent vraiment leurs étudiants dans un rapport d’égalité et tout cela en leur offrant un café, la morosité des français qui contraste avec l’enthousiasme des américains, l’héritage culturelle des français qui est bien ancré dans la société française à savoir l’Ancien Régime, les freins aux initiatives et les barrages posés à la jeunesse, les impôts trop élevés qui servent un peu top à payer les privilèges des élus (leurs frais de bouche, chauffeurs, retraites, etc.) et tout cela pour quel rentabilité au final !!!???
Dans la société, il y a des degrés de rentabilité très variables seln les compétences et l’investissement des différentes personnes mais i faut bien dire à un moment donné qu’il y a des gens qui occupent des postes et qui sont le contraire de la rentabilité mais contribuent à la mauvaise image des universités française, contribuent à faire décliner les universités et poussent des français et les meilleurs étrangers quand ils en ont les moyens à ne surtout pas faire d’études en France. Ils sont contre-productifs donc non seulement ils coûtent à chacun de nous contribuables puisque c’est donner de l’argent à des gens uniquement pour qu’ils puissent vivre mais ils n’apportent en tant maillon de la chaîne qu’est la société donc si, la question de la rentabilité se pose !!
Rentabilité et fonctionnaires doivent être des termes compatibles !
Toute personne qui est contre-productive devrait être virable car sinon on fait coexister une société sur 2 niveaux: ceux qui sont protégés et ne rendent aucun compte et les autres qui en + travailleront beaucoup + pour avoir une moins bonne retraite.
Je l’ai déjà dit mais je le dis encore une fois de façon beaucoup + claire: le fonctionnaire tue le parti socialiste par sa façon de penser le monde et l’attention qu’il mobilise chez les élus socialistes au détriment des autres soucis des français !!
Ventura Matseru
5 janvier 2010 à 08:56
Attention aux comparaisons avec l’étranger : elles sont périlleuses à manipuler. Le RU, le Danemark et les Pays-Bas sont bons élèves ? Mais ce sont aussi les champions de l’externalisation du placement des demandeurs d’emploi, non ? Et la situation était déjà la même du temps de la regrettée ANPE…
Dénoncer l’aberration de cette ubuesque centralisation quasi stalinienne qu’est la fusion de l’ANPE et des Assédic (et pas l’Unédic), c’est bien. Mais ça ne suffit pas, et il faudra bien pousser plus loin l’analyse des dysfonctionnements des politiques publiques de l’emploi en France. Et ça risquerait de ne pas plus faire plus plaisir aux syndicats des salariés de Pôle emploi que la fusion qui est en cours… Parce qu’on pourrait bien découvrir que le merveilleux service public du placement des demandeurs d’emploi en France, juste et efficace, n’a jamais été qu’un fantasme.
Demandez aux « anciens » du chômage, et aux conseillers de l’ex ANPE qui faisaient un vrai travail de conseiller en cachette de leur administration parce que ça n’était pas ce qu’on attendait d’eux. Ils vous raconteront peut-être.
Valérie
6 janvier 2010 à 16:41
A Ventura Matseru et BH,
Tout à fait d’accord avec Ventura Matseru, le placement juste et efficace de l’ANPE n’a été qu’un fantasme chez les gens de gauche et de droite qui ne sont jamais passés par cette case.
Tout le système de l’emploi et de la rigidité des employeurs français est à repenser.
Au moins, les américains sont très ouverts d’esprit car avec n’importe quel doctorat ou licence, sont reconnues un niveau de compétences puisque les universités américaines préparent au pragmatisme les étudiants tout au long de leur cursus. Ainsi, les américains savent parvenir à un objetif en montant et décrivant chaque étape pour y arriver alors que le raisonnement des français est souvent implicite et flou, le français raisonne sous forme de tautologie et d’idéologie.
Black Jack
8 janvier 2010 à 20:44
Ce n est pas parce qu il y aura un agent de pôle emploi par chômeur que le taux de chômage va diminuer. J ai le regret de vous dire que vous prenez le problème par le mauvais bout. Je pense que la priorité du PS ne doit pas être de se battre pour plus de fonctionnaires mais pour moins de chômeurs. Je comprend le désarrois du personnel de Pôle Emploi mais que diantre, ils ont un travail, un salaire et la garantie de l emploi jusqu a leur retraite.
J aimerai beaucoup entendre le PS faire des propositions pour créer les conditions favorable a la création d emplois industriels. La crise a accéléré les délocalisations. Le cout du travail en France est un handicap. Je ne dis pas que les ouvriers sont trop payés. Les cotisations sociales payées par les employeurs et les salariés sont trop élevées et font obstacles a une concurrence loyale avec d autres pays. Il faut trouver d’autres sources de financement. Voir comment les profits financiers pourraient participer, comment les produits fabriqués en Chine ne pourraient pas aussi être taxé. Je sais que ce n est pas simple et c est pour cela que nous avons besoin d hommes et de femmes politiques compétents (et pas seulement médiatiques) et d’un parti qui génère des propositions plutôt que des petites phrases inutiles.
A bientôt, j’espère, de vous lire sur ce sujet.
Valérie
19 janvier 2010 à 18:54
A Black Jack,
Entièrement d’accord sur l’analyse des emplois industriels à créer et à maintenir et aussi sur les impôts et taxes que l’on retrouve partout et qui pénalisent aussi les + modestes (cf. redance téé par exemple).
Le problème, c’est que l’on a trop d’élus qui sont trop payés en proportion du service rendu à la population.
Par contre, il est important que tu fasses très concrètement et précisément des propositions et que tu lances alors sur la coopol un groupe de travail concernant les emplois industriels par exemple !
roegiers
22 janvier 2010 à 11:35
à Black Jack,
petite rectification : les agents de pole emploi sont depuis la fusion en très grande majorité des agents de droit privé sans aucune garantie d’emploi jusqu’a leur retraite !!!
pour le reste je suis entièrement d’accord avec toi .
il y a + de 4 millions de chomeurs, il n’y a pas 4 millions d’offres d’emploi !!
Black Jack
25 janvier 2010 à 15:47
Au lieu de discuter de la burqa, du droit de vote des immigrés , du mariage gay et autre mesure concernant des minorités ‘ il est important de travailler aussi pour les minorité mais le chômage touche aujourd’hui trop de monde pour ne pas être une priorité nationale), j attend des les forces intellectuelles du PS et surtout de tous ceux qui se prétendent capable de diriger le pays de faire des propositions pour améliorer l emploi en France. Il est bien évident que si j avais la solution je serai aussi candidat au primaire…………!!