Benoît Hamon - Porte-parole du Parti Socialiste
Benoît Hamon Benoît Hamon

Revue de presse

L'entretien d'Anita Hausser

21 janvier 2010

FRANCE-SOIR. En évoquant un départ à la retraite à 61 ou 62 ans, Martine Aubry n’a-t-elle pas fait sauter un verrou ?

BENOÎT HAMON. Il ne s’agit pas de remettre en cause l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans, qui reste la position officielle du PS. Nous sommes prêts au débat, mais la seule mesure pour sauver le régime des retraites par répartition, ça ne peut pas être : il faut que les gens partent plus tard. On oublie que l’âge de départ moyen, c’est déjà 61 ans et demi pour ceux qui veulent réunir le nombre d’annuités nécessaire, et que 60 % de ceux qui liquident leur retraite à 60 ans sont déjà inactifs. Aujourd’hui seulement 38 % des 55-64 ans travaillent, parce qu’ils sont évincés du marché du travail. La France a le taux d’occupation des seniors le plus faible d’Europe ! Si on doit lever un tabou dans le débat sur les retraites, c’est celui des recettes : les revenus financiers sont exclus du financement de la Sécurité sociale. Il faut les mettre à contribution, élargir l’assiette patronale à la valeur ajoutée, taxer les stock-options, comme le prônait d’ailleurs Philippe Séguin. J’ajoute que le patronat et le gouvernement n’ont pas tenu leurs engagements après la réforme Fillon : la négociation sur la pénibilité n’a pas été engagée. Ceux qui font des métiers pénibles une partie de leur vie ont une espérance de vie plus faible que ceux qui ont cotisé quarante annuités dans des métiers non pénibles !

Comment allez-vous organiser les primaires ?
On est en train de préparer les règles du jeu, elles seront ratifiées en juin à l’occasion d’une convention sur les statuts. Nous nous inspirons des exemples américains et italien. On demandera aux citoyens de venir voter dans un scrutin populaire pour choisir le meilleur candidat de la gauche ; je souhaite qu’il y ait des candidats socialistes mais aussi des candidats d’autres partis sur la ligne de départ. Pour donner de la force à cette démarche, il faut qu’il y ait énormément de participants et donc multiplier le nombre de bureaux de vote ; cela nécessite une organisation assez lourde. Mais on ne pourra faire accepter de candidat commun à la gauche qu’à la condition que tout le monde s’entende sur une base, un « fond de sauce » le plus riche possible. Nous sommes en train d’y travailler avec le PRG et le MRC. Nous aimerions que d’autres partis de gauche se joignent à la démarche. Il faudra préparer ensemble ce tronc commun.

Quel est le calendrier ?
Pour l’instant, le second semestre 2011 semble être le meilleur moment pour ce choix.

Martine Aubry dit avoir des capacités… Participera-t-elle à la compétition, d’après vous ?
Dans sa réflexion, elle ne peut pas esquiver cette question pour elle-même ; elle est la chef de l’opposition face à Nicolas Sarkozy ; elle est à la barre pour préparer l’alternance tous les jours, à commencer par les régionales, mais aussi la préparation du projet et des primaires. Mais je la crois sincère quand elle dit qu’elle prend les étapes les unes après les autres, il lui faut réussir les régionales avant l’étape suivante, ne pas mettre la charrue avant les bœufs…

Est-ce un calendrier sur mesure pour DSK ?
Ce ne sera un calendrier sur mesure pour personne ; un bon candidat doit être capable de gagner dans n’importe quel contexte. Celui qui n’est pas capable de gagner une primaire, de s’imposer dans son propre électorat sur son projet, son charisme, sur sa stature d’homme d’Etat, ne sera pas capable de battre Nicolas Sarkozy ensuite. Le candidat sortant de la droite n’est pas un adversaire politique particulièrement manchot !

Quand DSK devrait-il se manifester ?
Quand bon lui semblera !

Redoutez-vous une situation comme celle créée par Jacques Delors en son temps ?

Non. Dominique Strauss-Kahn fait partie des postulants sérieux et légitimes. Mais il n’y a pas de candidat dont on puisse dire : celui-là, on est sûr qu’il peut battre Nicolas Sarkozy. Il n’y a pas de candidat providentiel !

Pourquoi le PS s’est-il prononcé contre une loi sur la burqa avant la fin des travaux de la mission parlementaire  ?
Le PS a réagi pour souligner les contradictions de la droite, qui est très divisée parce que ce débat arrive au terme d’une séquence peu honorable pour elle sur l’identité nationale. La droite redoute une défaite aux élections régionales ; elle a conçu ce débat comme un des moyens d’hameçonner les électeurs du Front national. Nous sommes totalement opposés à la burqa dans l’espace public ; cela heurte de plein fouet le principe de l’égalité républicaine et il est clair que se déplacer de manière dissimulée dans les espaces publics est potentiellement un trouble à l’ordre public. Mais il existe déjà une série d’instruments dans le droit qui nous permet de lutter contre la burqa. Alors, n’instrumentalisons pas ce débat ; le gouvernement prend les choses par le petit bout de la lorgnette. On regarde les manifestations d’une dérive sectaire et on ne s’attaque pas au prosélytisme, au militantisme de ces groupes sectaires. Les partisans de la loi savent que l’interdiction totale, absolue, de la burqa serait anticonstitutionnelle, donc inapplicable. Si le gouvernement veut lutter contre les dérives des mouvements salafistes, il doit les inscrire au registre des mouvements sectaires de la Mission de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, la Miviludes. Nous sommes favorables au renforcement des moyens de cette mission.

6 commentaires

  1. Black Jack

    21 janvier 2010 à 22:15

    Bravo ! Vous avez encore manquer une opportunité de parler des propositions du PS pour créer les conditions favorables a la re industrialisation de la France, il est à priori plus facile de parler de la burqa et des primaires………enfin, j espère que ce n est qu’un oubli et que ce n est pas parce que vous n avez rien a dire !!

  2. Valérie

    22 janvier 2010 à 01:10

    Anticonstituionnelle ???? Moi pas comprendre puisque la loi sur la laïcité est passée par là donc je ne vois pas en quoi la burqua serait anticonstitutionnelle ???

    Effectivement, l’inscription de la dérive religieuse comme mouvance sectaire est une solution !!!
    Je n’y avais pas pensé !!

  3. rosalie

    22 janvier 2010 à 18:18

    « Si le gouvernement veut lutter contre les dérives des mouvements salafistes, il doit les inscrire au registre des mouvements sectaires de la Mission de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, la Miviludes. Nous sommes favorables au renforcement des moyens de cette mission. »

    Bon d’accord Monsieur Hamon vous faîtes cette proposition qui pourrait être acceptable, dites-nous en clair ce que vous proposez de faire, une fois cette « inscription au registre des mouvements sectaires »? Qui va mettre en oeuvre les moyens d’empêcher ces gens de sévir sur notre territoire? comment allez vous vous y prendre?
    C’est ça que nous voulons savoir, en termes clairs et précis…ce n’est pas suffisant de faire des annonces, il faut expliquer et montrer que ce sera faisable et que vous ferez tout pour que cela se fasse, ce dont je doute personnellement.

    Monsieur Jospin n’a jamais voulu s’opposer au port du voile dans les écoles alors, permettez nous de douter…

    Il vaut mieux quelque chose que rien du tout de toute façon.

  4. Valérie

    22 janvier 2010 à 20:19

    En ne proposant rien pour sauver l’image des musulmans, ce sont les musulmans qui sont stigmatisés par l’inaction des élus français.
    Because: musulmans= femmes voilées donc gens à éviter

  5. François-Xavier

    26 janvier 2010 à 12:51

    Aujourd’hui seulement 38 % des 55-64 ans travaillent, parce qu’ils sont évincés du marché du travail.

    Mr Hamon, vous dites cette chose comme une simple vérité, mais pourquoi à votre avis, sont ils évincés du marché du travail ? Personne ne peux cacher qu’un sénior coute souvent cher à une entreprise, ou tout du moins, c’est l’impression qu’ils en donnent et que par conséquent, pour des raisons, soit de rentabilité, soit le plus souvent, par simple image devant être véhiculée par l’entreprise, ils n’ont plus leur place. Comment allez vous vous y prendre changer un phénomène sociologique et inscrit profondément dans le tissus économique français ?

    Si on doit lever un tabou dans le débat sur les retraites, c’est celui des recettes : les revenus financiers sont exclus du financement de la Sécurité sociale. Il faut les mettre à contribution, élargir l’assiette patronale à la valeur ajoutée, taxer les stock-options, comme le prônait d’ailleurs Philippe Séguin.

    Vous me permettrais de dire pour la postérité qu’il n’est pas tres judicieux de reprendre de manière simplifiée les propos d’un homme pour qui la démocratie était tout. La légtimité ne s’obtient pas en donnant de tels exemples.

    Dans l’état actuel, il est clair que les retraites ne pourront etre assurées pour les générations futures sans une réforme de profondeur. Y inclure les revenus financiers, ? Pourquoi pas, mais sous quelle forme de taxation ? Avez vous déjà réfléchis au montant des stock options échangés pouvant être taxés et si leur valeur est suffisante à couvrir l’apport nécessaire au maintien de la retraite des français ? Sans étude, cette phrase n’est que vent et d’aspect cela me semble un peu utopiste.

    A) Taxer les plus values classiques ? elles le sont déjà au taux de 29%, augmenter ce taux, c’est faire fuir les capitaux vers d’autres places financieres.

    B) Taxer les entreprises ? limite la compétitivité et engendre des délocalisations, dixit point A par contumas

    C) Taxer les particuliers ? forcement pas les pauvres, qui n’ont pas d’argent, les riches ? qui de toute façon connaissent les rouages pour acceder à la defiscalisation, alors les classes moyennes, et arriver à une paupérisation déjà entamée de celle-ci.

    Ou chercher d’autres pistes, réduire les dépenses de l’état en premier lieu…et si vous voulez reprendre le pouvoir , évincez les dinosaures qui siègent au PS pour espérer offrir un visage potentiellement séduisant. Je suis candidat au siège de ministre de la communication si vous voulez, quant je vois la bande à « basile », je me dis que je ne peux faire que mieux.

  6. Valérie

    28 janvier 2010 à 15:11

    Pour le problème du chômage des seniors, une seule solution comme aux USA et au Canada, le CV anonyme ne mentionnant ni l’âge ni l’adresse ni le nombre d’enfants !

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Benoît Hamon - benoithamon.fr - 2011
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