Benoît Hamon - Porte-parole du Parti Socialiste
Benoît Hamon Benoît Hamon

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Itw à Libé : Le monde change, mais au PS, rien ne change

29 octobre 2008

Benoît Hamon, 41 ans, dont la motion rassemble l’aile gauche du PS, analyse les effets de la crise financière et détaille ses propositions.

Nicolas Sarkozy serait devenu «socialiste», selon le président du Venezuela, Hugo Chavez…
C’est sûrement de l’ironie de la part de Chavez. Aujourd’hui Nicolas Sarkozy mobilise l’argent public et les ressources du politique pour remettre les marchés sur pied. Pas pour en modifier les règles du jeu. Il n’y a rien de socialiste à appeler le retour de la puissance publique d’une main et, de l’autre, à poursuivre la privatisation de la Poste, le démantèlement de l’hôpital public, la suppression des postes de fonctionnaires, et à faire travailler les gens le dimanche.

Sarkozy vient sauver celles et ceux à qui il doit sa carrière politique. C’est l’exemple le plus emblématique d’une socialisation des pertes. On efface la dette de jeu des banquiers en les laissant spéculer comme avant, en toute impunité et sans contrepartie.

Que feriez-vous si vous étiez au pouvoir ?

Dans l’immédiat, la France a besoin d’un bouclier social pour amortir les effets de la crise financière. Il faut s’attendre en 2009 à une vague sans précédent de délocalisations, de plans sociaux,un coup supplémentaire porté au pouvoir d’achat des familles, et à une dégradation des conditions de travail des salariés, soumis au chantage à l’emploi.

Que proposez-vous alors?
Il faut un moratoire sur les délocalisations, un prolongement de l’indemnisation des chômeurs en fin de droit, l’interdiction des licenciements boursiers, une baisse exceptionnelle de la TVA sur les produits de première nécessité, la mise en oeuvre d’un bouclier logement fixant à 20% maximum la part du loyer dans les revenus d’un ménage. Et un programme «emploi jeune numéro» axé sur les services aux personnes…

Quel financement envisagez vous pour ce « bouclier social » ?

L’urgence commande de supprimer le «paquet fiscal» de 14 milliards d’euros. Et puisque tout le monde s’accorde sur l’absurdité du pacte de stabilité et de croissance –on vient de mettre 10,5milliards d’euros pour recapitaliser six banques françaises sans contrepartie– il me paraît logique qu’on poursuive l’effort de solidarité à l’égard de Français frappés de plein fouet par la crise. Notamment en revalorisant les minima sociaux, en supprimant les niches fiscales, en taxant les stock-options et en augmentant le rendement de l’impôt sur la fortune.

Au PS, tout le monde sort le drapeau rouge .En quoi votre motion se distingue-t-elle?

Notre motion est différente car elle n’a pas eu besoin de changer radicalement de grille d’analyse et de solution ! Aujourd’hui les leaders des trois motions issues de la direction sortante tiennent parfois des discours très éloignés de leurs actes et de leurs carrières passées, mais aussi des textes qu’ils écrivaient il y a quatre semaines.

Le problème n’est pas tant de faire de la surenchère dans la description du chaos. Mais de dire clairement comment les socialistes se mobiliseront, dans les mois et les années qui viennent, pour être utiles aux Français, dans les collectivités locales que nous dirigeons et au Parlement, afin d’enfinir avec cette opposition timide complexée et désolante.

Ségolène Royal braconne-t-elle sur vos terres ?

Elle vient de reprendre notre proposition d’un pôle financier public capable de soutenir l’investissement à long terme des entreprises. Tant mieux. La compétition pour savoir lequel d’entre eux sera plus à gauche que son voisin les amène à en faire un peu trop. J’espère seulement que cette grande transhumance politique ne se terminera pas, après le congrès, par un grand retour aux canons libéraux d’hier. Nous revendiquons un nouveau réalisme économique de gauche. Je pense à la nécessité de poser des restrictions européennes au libre-échange et à parvenir à une nouvelle répartition de la richesse entre le capital et le travail.

Le climat est au retour d’une gauche de gauche. Pensez vous en bénéficier?

Ona gagné une bataille essentielle, celle de la crédibilité.Qui est aujourd’hui crédible pour rassembler tous les socialistes, préparer l’union indispensable de la gauche dans les trois prochaines années? Ceux qui sont associés historiquement et idéologiquement aux quinze dernières années de dérive d’un socialisme français marqué par la conversion à des formes plus ou moins tempérées de libéralisme économique? Ou ceux qui n’ont jamais cru que la modernité c’était embrasser les solutions économiques de la droite?

Votre discours accroche-t-il chez les militants?

Incontestablement et un peu partout. J’ai conscience que dans certaines grandes fédérations, le succès de salle risque de ne pas se traduire dans les urnes. Le moment est trop grave et trop sérieux pour qu’au PS on rejoue une scène maintes et maintes fois répétée.

Tout change. Le monde, l’Europe, la France changent. Mais au PS rien ne change. On reprend l’orientation, la direction d’hier, et on cherche à faire croire que cela suffit à relancer un parti qui vient de perdre trois élections présidentielles successives.

Êtes-vous une caution de gauche pour le PS?

Le choix par les responsables politiques et les élus qui m’entourent de valoriser un homme de 40 ans pour incarner la mixité n’était ni naturel ni évident. La preuve c’est que les autres ne le font pas. Quel est le candidat vers lequel convergent toutes les analyses sur le fond ? Aujourd’hui mon projet divise ou rassemble? J’ai plutôt l’impression qu’il rassemble. Moi je n’ai jamais changé d’idée. Quand j’ai adhéré au PS à Brest, les ouvriers de l’arsenal étaient rocardiens, cathos de gauche et radicaux. Ce sont les autres qui se sont déportés sur la droite et maintenant reviennent à gauche. La solution pour le PS c’est un leadership renouvelé au service d’une orientation renouvelée.

Vous ne serez pas majoritaire, alors vers qui vous tournerez-vous?

Aucune motion ne sera majoritaire seule. Je ne suis pas dupe de ceux qui annoncent des rapprochements pour nous siphonner des voix. Il y a aussi de fortes pressions pour un rapprochement entre Aubry et Delanoë. Que certains fassent 10000 voix de plus dans une grande fédération ne me convaincra pas de me retirer. Ma candidature n’a pas pour vocation d’amuser la galerie, mais de rassembler dès le lendemain du 6 novembre. Ça va être difficile, mais rappelez vous Mitterrand à Epinay: il avait fait 12%!

7 commentaires

  1. Sylvain

    29 octobre 2008 à 22:37

    Benoit Hamon qui se prend pour Mitterrand ?
    Ne soyez pas modeste, je vous souhaite un avenir à la Léon Blum plutôt. Le contexte s’y prête en plus.
    Sans rire ça fait du bien un socialiste qui ne fait pas dans la fausse modestie, qui a de l’ambition et qui le revendique. Y en a assez des hommes politiques de gauche honteux de leurs idées.
    Merci.

  2. David C.

    29 octobre 2008 à 23:09

    Youpi, les cours remontent
    No comment !!!

    Cette volatilité boursière est l’expression de la peur et la panique qui s’est emparer opérateurs !

    Sur le front du Nouveau Bretton woods, les Nouvelles ne sont pas très bonne !!! Les propositions composé en trois points faites par Brown et Sarkozy pour le sommet du 15 novembre ne sont pas bonne du temps. On sent une large inspiration de l’empire financier de la city.

    Après le forum Europe Asie et les bons échanges autours d’une nouvelle architecture financier viable et juste. Est-ce que Sarkozy aurait capitulé devant l’empire ?

    La bataille n’est pas entre le riche et les pauvres, entre les bon pays et les mauvais ou autres faux débats. La question fondamentale est la bataille contre l’empire de la finance basé à la City de Londres pour sauver les nations et leurs intérêts, leurs populations.

    La situation politique est instable, rien n’est décidé !!! Nous pouvons noter énormément de contradiction dans les paroles de nos leaders, il ne faut se laisser emporter par l’impuissance du cynisme !

    La question que nous devons nous poser et que nous devons débattre :

    Sommes nous en Mars 1933 en Europe avec la monté du fascisme ou en Mars 1933 avec le New Deal de Roosevelt ?

    La France doit intervenir dans ce débat qui semble essentiel pour comprendre l’importance de la conférence du 15 novembre 2008 à Washington.

    Nous sommes dans le brouillard

    Pour vous permettre d’avancer !!! Je vous propose la lecture sur Capital.fr de l’interview de Jacques Cheminade (son analyse et sa solution) à lire sur : http://www.capital.fr/actualite/Default.asp?interview=O&numero=71347&Cat=ACT

    Dans cette période révolutionnaire, il faudra que le citoyen profite de cette instabilité pour développer son jugement et aiguiser ses convictions politique et économique pour entrer dans la bataille. Contre la folie de la tyrannie financière, Citoyens lève toi et demande un Vrai Nouveau Bretton Woods.

    Tout savoir sur le Vrai Nouveau Bretton Woods : http://www.nouveau-bretton-woods.com

    David C.
    David.cabas.over-blog.fr

  3. rosalie

    30 octobre 2008 à 00:02

    Eh Monsieur Hamon ne vous comparez pas à Mitterand s’il vous plaît, vous allez vous faire des ennemis, moi la première! Mitterand nous a déçus et c’est lui qui m’a fait me détacher des socialistes, alors attention! Mitterand était quand même un sacré retourneur de veste et il n’a pas fait que du bien dans sa vie politique.
    je n’aime déjà pas quand vous parlez de Martine Aubry et je vois que je ne suis pas la seule, en tout cas elle vous copie pas mal en ce moment elle parle maintenant « d’ajouter de la crise à la crise » mais j’espère en tout cas qu’elle ne sera pas l’heureuse élue. Si j’étais socialiste je voterai pour vous, ça c’est sûr. Restez ce que vous êtes, ne changez pas de cap, entourez vous de personnes compétentes (dans votre liste j’ai des réticences…)et peut-être qu’un jour vous me ferez revenir à mes premiers espoirs qui je pensais seraient portés par les socialistes.

  4. chatel

    30 octobre 2008 à 11:00

    @ Rosalie
    Le Mitterrand du Congrès d’Epinay est une bonne référence. Celui de 1981 aussi. En revanche le Mitterrand du Grand Tournant Libéral de 1983 est le premier responsable de la dérive libérale du PS. Le PS n’a toujours pas tiré les conséquences du reniement qu’a représenté le tournant de 1983 et l’abandon des valeurs traditionnelles du socialisme au profit du projet de construction de l’Europe libérale. A l’époque, parmi les hauts responsables, H. Emmanuelli et JP Chevènement furent bien seuls à faire part de leur désaccord. Ils ne furent hélas pas écoutés. Un bon score de la motion Hamon, et à plus forte raison son succès, vaudrait reconnaissance des erreurs historiques commises au cours de cette période par F. Mitterrand et tous les dirigeants socialistes qui ne surent pas s’opposer à lui … ou n’en eurent pas le courage..

  5. Edeline Malika

    30 octobre 2008 à 16:43

    Dans la « grande » fédération du Nord la motion de Benoît Hamon et celle de Martine Aubry sont très bien accueillis par les militants.
    Mais on nous parle de voter « utile » sous entendu que Martine (très admirée ici) est la mieux plaçée des deux…

    On n’imagine même pas une seconde un rapprochement avec Bertrand Delanoe, elle se décrédibiliserait totalement.
    De quelles pressions s’agit-il ?

    Bien au contraire le rapprochement entre Benoît et Martine me semble plus réaliste et plus que souhaitable.
    Les militants ne sont pas dupes et ont vraiment conscience de l’importance du vote du 6/11.
    Espérons que le succès de salle se confirmera au moment de glisser le bulletin dans l’urne…

  6. rosalie

    31 octobre 2008 à 15:51

    Qu’est ce que c’est que cette histoire de rapprochement avant même le vote du 6/11?
    Va t’on encore assister à des accords sous la table?
    Pour l’instant il y a des motions, chacun s’est exprimé et les socialistes doivent voter en leur âme et conscience sans se soucier pour l’instant des rapprochements à venir.
    Si je devais, comme je l’ai déjà dit ce serait pour Benoît Hamon, point final…Le reste c’est pour après, en espérant que les bons choix seront faits et qu’il n’y aura pas trop de compromissions.
    Il faut qu’enfin le parti socialiste se montre sous un autre jour et garde une ligne de conduite honnête qui me semble être celle de Mr Hamon.

    Merci Chatel pour ces précisions, il n’empêche que Mitterand pour moi n’est plus une référence et rien que d’en parler me donne des boutons. Je repense à la joie que nous avons éprouvé lors de son élection en 1981, nous étions aux USA et pour nous c’était une grande victoire. Il nous a trahis, il a assommé la classe moyenne, il a accéléré les écarts et tous ceux qui étaient avec lui ont suivi comme des veaux, c’est pourquoi un grand nettoyage s’impose si les socialistes veulent repartir sur de bonnes bases.

  7. rosalie

    31 octobre 2008 à 15:53

    j’aurais voulu corriger mes fautes dans ma précédente intervention, mais bon… plus possible, alors toutes mes excuses!

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