Tribune sur le RSA dans les Echos
8 septembre 2008
Les Echos publient aujourd’hui une tribune que je cosigne avec Lîem Hoang Ngoc, économiste et enseignant à Paris I.
L’annonce faite par le président de la République de financer le revenu de solidarité active, défendu par Martin Hirsch, par un prélèvement de 1,1 % sur les revenus du capital, a été saluée comme une mesure juste et efficace. Or, l’inclusion de cet impôt dans le bouclier fiscal, proposée par Christine Lagarde, exonèrerait une nouvelle fois les plus hauts revenus de la solidarité envers les plus démunis. Elle rendrait le prélèvement carrément dégressif : plus on est riche, moins on contribue. La création dudit bouclier fiscal avait déjà abouti à la suppression de l’ISF pour les très hauts revenus, ISF dont on oublie qu’il avait à l’origine été créé pour financer le RMI. Le financement du RSA pèsera donc sur les classes moyennes et les petits épargnants, dont le pouvoir d’achat est particulièrement entamé dans la période actuelle.
Mais c’est la philosophie même du RSA qui fait débat. Le RSA est une nouvelle prime pour l’emploi, réservée aux plus pauvres, leur offrant la possibilité de cumuler le RMI avec le revenu procuré par n’importe quel emploi à très bas revenu. La prime pour l’emploi avait, au moment de sa création, fait l’objet de nombreuses critiques. A l’heure où la négociation salariale peine à redémarrer, ce type de dispositif n’est en effet pas de nature à inciter les entreprises à distribuer leurs gains de productivité sous forme d’augmentations de salaire, laissant à l’Etat la charge de régler seul le problème du pouvoir d’achat des salariés. Pour sa part, le RSA favorisera la multiplication d’emplois à très bas salaires (à l’instar des « emplois Borloo » à moins de 10 heures par semaine dans les services à la personne), sans permettre aux pauvres de sortir de la précarité. Il engendrera la constitution d’une trappe à temps partiel, faite de « working poors » à l’anglo-saxonne.
Tout comme la PPE, le RSA est non seulement un mauvais instrument de politique de l’emploi, mais il est aussi un piètre dispositif de lutte contre la pauvreté, excluant les véritables exclus. Présenté comme une innovation majeure, le RSA est d’autant moins révolutionnaire qu’il existe déjà un dispositif temporaire d’intéressement à la reprise d’emploi pour les allocataires du RMI.
Tout comme les mesures prises pour sanctionner les chômeurs refusant les « offres valables d’emploi », la PPE et le RSA sous-entendent que les chômeurs et les exclus font rationnellement le choix de ne pas travailler parce que l’écart entre le revenu du travail et l’allocation versée est trop faible. Ces mesures font écho à la vieille et controversée théorie libérale du chômage volontaire, qui postule que l’économie est en plein-emploi car personne ne veut travailler plus aux conditions du marché. Or cette théorie est contredite par les faits. En réalité, le chômage est majoritairement involontaire. Il résulte de l’insuffisance d’emplois créés par une économie dont la croissance est atone en raison de la panne d’investissement des entreprises, qui subissent par ailleurs le retournement de la consommation lié à la crise du pouvoir d’achat ainsi que, désormais, les effets du retournement américain. Il y a aujourd’hui 2,5 millions de chômeurs de catégories 1 à 3 au sens de l’ANPE (immédiatement disponibles et demandeurs d’emploi à durée indéterminée ou non, à temps complet ou partiel) prêts à travailler aux conditions du marché, alors que ne prévalent que 290.000 emplois vacants. L’ANPE a dénombré en 2007 seulement 18.000 fraudeurs qu’elle s’est empressée de radier. Les « offres valables d’emplois » disponibles sont d’autant plus restreintes que l’on découvre désormais que nombre d’emplois théoriquement vacants sont en grande partie occupés par des « sans-papiers », que l’on refuse souvent de régulariser. Les enquêtes faites sur des cohortes d’allocataires du RMI indiquent enfin qu’ils choisissent l’emploi dès que l’occasion se présente, même si l’écart entre le RMI et le revenu procuré est faible.
Au final, le RSA concernera un nombre restreint de RMistes (100.000, annonce-t-on, sur plus de 1 million d’allocataires), ceux qui auront la chance de rencontrer un emploi précaire. Le dispositif exclut les véritables exclus, ceux qui ne sont pas en état de reprendre un emploi, dont les allocations ne seront pas revalorisées. A cet égard, le RSA n’est en aucun cas un instrument de lutte contre l’extrême pauvreté. La somme de 1,5 milliard d’euros, prévue pour le financement du RSA, aurait au contraire pu être consacrée à la revalorisation de tous les minima sociaux. A l’heure où la récession s’installe, c’est par ailleurs un véritable plan de relance qui s’impose, afin de soutenir la croissance, condition nécessaire à la création d’emplois véritablement durables. Le gouvernement refuse de l’envisager, pour avoir déjà consacré 14 milliards par an au financement du paquet fiscal, dont l’impact macroéconomique est improbable si l’on considère la révision à la baisse des prévisions de croissance pour 2009.







ahmad
9 septembre 2008 à 18:35
on aimerait que vous défendiez ces femmes aussi, et non seulement celles qui insultent l’islam
la défense des droits humains est une catastrophe au parti socialiste
Poudrière marocaine
Elle s’appelle Zahra Boudkour, elle est étudiante à l’université de Marrakech, elle a vingt ans. Pour avoir participé à une marche pacifique de protestation, elle a été brutalement frappée par la police, conduite avec des centaines de ses camarades au sinistre commissariat de la Place Jemaa-El-Fna, et sauvagement torturée. Durant plusieurs jours, les policiers l’ont contrainte à demeurer nue, alors qu’elle avait ses règles, devant les autres détenus. Pour dénoncer cet ignoble traitement, Zahra a commencé, en juin dernier, une grève de la faim. Elle est actuellement dans le coma. Sa vie ne tient qu’à un fil (1).
Quelqu’un, en Europe, a-t-il entendu parler de cette jeune étudiante ? Nos médias ont-ils au moins cité la dramatique situation de Zahra ? Pas un mot. Rien non plus sur un autre étudiant, Abdelkebir El Bahi, jeté par la police du haut d’un troisième étage et cloué désormais, pour le restant de ses jours, à un fauteuil roulant à cause d’une fracture de la colonne vertébrale… Zéro information également à propos de dix-huit autres étudiants de Marrakech, camarades de Zahra, qui, pour dénoncer leurs conditions de détention dans la funeste prison de Boulmharez, sont aussi en grève de la faim depuis plus de deux mois. Certains ont dû être hospitalisés, d’autres ne tiennent plus debout, quelques-uns sont en train de perdre la vue, plusieurs vomissent du sang…
De telles atteintes aux droits de la personne humaine ont lieu dans l’indifférence et le silence général. Seuls les parents ont exprimé leur horreur et leur solidarité — ce qui a été considéré par les autorités comme un inacceptable geste de rébellion. Résultat : eux aussi ont été odieusement bastonnés.
Tout cela ne se produit pas dans un Etat lointain ou mal connu, comme peuvent l’être le Tibet, la Colombie ou l’Ossétie du Sud. Mais à seulement quatorze kilomètres de l’Europe. Dans un pays, le Maroc, que des millions d’Européens visitent chaque année, où nombre d’intellectuels européens de renom résident, et dont le régime bénéficie, dans nos médias et de la part de nos dirigeants politiques, d’étranges prévenances et indulgences.
Depuis un an, le Maroc connaît une flambée de protestations et de violences : révoltes urbaines contre la vie chère et jacqueries paysannes contre toutes sortes d’abus se multiplient. L’émeute la plus meurtrière s’est produite le 7 juin dernier à Sidi Ifni, lorsqu’une paisible manifestation contre le chômage — endémique dans cette ville — a été réprimée avec une excessive férocité. Ce qui a entraîné une véritable insurrection urbaine avec des barricades de rues, des incendies de bâtiments publics et un début de lynchage de certains responsables locaux. En riposte, les forces de l’ordre ont déclenché une hallucinante répression, faisant des dizaines de blessés et de nombreux prisonniers (parmi ceux-ci : Brahim Bara, responsable du comité local d’Attac). En outre, Malika Khabbar, de l’Organisation marocaine des droits de l’homme, a dénoncé « les viols de femmes (2) » ; et, selon la chaîne arabe d’information Al-Jazeera, il y aurait eu « de un à cinq morts ».
Les autorités démentent. Elles ont imposé une « version officielle » sur les « événements d’Ifni », et sanctionnent tout média qui diffuse une information différente. Une Commission parlementaire a certes été constituée, mais ses conclusions ne serviront, comme d’habitude, qu’à enterrer le problème.
Les espérances nées il y a neuf ans, lors de la montée sur le trône du jeune roi Mohammed VI, se sont peu à peu évanouies. Quelques petits changements indispensables ont été apportés pour que tout demeure en l’état : la vieille recette du « tout changer pour que rien ne change ». Quelques couches superficielles de peinture ont modifié l’aspect de l’édifice, mais ses sinistres souterrains et ses passages secrets demeurent identiques.
Les timides avancées en matière de libertés n’ont pas transformé la structure du pouvoir politique : le Maroc reste le royaume de l’arbitraire, une monarchie absolue dans laquelle le souverain est le véritable chef de l’exécutif. Et où le résultat des élections (toujours truquées) est déterminé, en dernière instance, par le souverain, qui, de surcroît, désigne selon son bon vouloir les ministres principaux, dits « ministres de souveraineté ».
La structure de la propriété, pour l’essentiel, n’a pas non plus été modifiée. Le Maroc demeure un pays féodal où quelques dizaines de familles, presque toutes proches du trône, contrôlent — grâce à l’héritage, au népotisme, à la corruption et à la répression — les principales richesses.
Actuellement, l’économie se porte plutôt bien, avec une croissance du PIB prévue pour 2008 de 6,8 % (3), en raison surtout des millions d’émigrés et de leurs envois de devises qui constituent la ressource principale du pays, avec le tourisme et l’exportation des phosphates. Mais les pauvres sont de plus en plus pauvres. Les inégalités n’ont jamais été aussi énormes, le climat de frustration aussi palpable. Et l’explosion de nouvelles révoltes sociales aussi imminente.
Car il existe, aussi, une formidable vitalité au sein de la société civile. Des associations actives et audacieuses qui n’ont pas peur de défendre les droits et les libertés. Nombre de ces associations sont laïques. D’autres sont islamistes. Ces dernières relèvent d’un islamisme très vivace qui se nourrit de la très grande frustration sociale et qui, de fait, constitue la première force politique du pays.
Le mouvement Al-Adl Wal-Ihsane (Justice et Bienfaisance, non reconnu mais toléré), que dirige le cheikh Abdessalam Yassine, ne participe pas aux élections. Avec le Parti de la justice et du développement (PJD), qui a obtenu le plus de suffrages lors des dernières élections législatives de septembre 2007, ces deux formations dominent très largement la carte politique. Mas le pouvoir, soutenu par ses protecteurs européen et américain, ne leur permet pas de gouverner.
Un tel déni de démocratie pousse des groupes minoritaires à choisir la voie de la violence et du terrorisme. Que les autorités combattent par tous les moyens, y compris la torture, couramment pratiquée. Et toujours avec le soutien intéressé de l’Union européenne et des Etats-Unis (4). Cette alliance objective conduit nos dirigeants et nos médias à fermer les yeux devant les violations des droits humains que l’on continue à y pratiquer.
Comme si les chancelleries occidentales disaient aux autorités de Rabat : en échange de votre lutte contre l’islamisme, nous vous pardonnerons tout, y compris votre lutte contre la démocratie.
Ignacio Ramonet
(1) Le Journal hebdomadaire, Casablanca, 26 juillet 2008.
(2) Ibid, 12 juillet 2008.
(3) Le Monde, 10 août 2008.
(4) Washington construit en ce moment une immense base militaire dans la région de Tan-Tan, au nord du Sahara Occidental, pour y installer le siège de l’Africom, le Commandement Afrique de ses forces armées, avec pour mission la surveillance et le contrôle militaire du continent, et en particulier du Sahel. Le récent coup d’Etat en Mauritanie serait lié à ce projet.
BH
10 septembre 2008 à 00:09
Ahmad,
vous commencez à me fatiguer. je ne suis pas certain que dans le monde dont vous rêvez, quiconque bénéficie de la liberté d’expression dont vous profitez et abusez ici. Je ne défend pas les femmes qui insultent l’islam. Vous devez sans doute penser à Ayaan Hirsi Ali, cette femme menacée de mort mais dont vous vous moquez éperdument. Je défend les mêmes droits pour tout le monde. Dans ce pays, ça s’appelle la République. A bon entendeur salut et allez poster vos mails du côté de Le Pen, vous y trouverez une oreille attentive. D’ici là je vous considère vous, vos oukazes et vos injures personna non grata sur ce blog.
BH
Valérie
10 septembre 2008 à 02:20
Ahmad,
Wah !!! Qu’est-ce que c’est que ce truc ???!!!! Vertigineux !!
Moi, pas comprendre tout !!
Cependant, quelques remarques pour mener des combats utiles pour la démocratie !
Déjà: Ne pas commencer une introduction sur un style agressif en disant « non seulement celles qui insultent » une religion. Parler de religion à des républicains laïcs convaincus parce que les droits humains ont besoin de cela pour être est une fausse note !
Ensuite, très bien si des journaux nationaux occidentaux s’en font l’echo ! As-tu pensé à contacter des personnalités françaises célèbres d’origine marocaine ? Cela aura bien plus d’impact !
A ton écriture, je crois voir que tu appartiens au monde universitaire assez hautement placé. As-tu contacté le ministère des affaires étrangères? As-tu contacté des associations françaises en lien avec le Maroc ?
As-tu contacté des journalistes français spécialistes des questions du Maghreb ?
As-tu pensé à contacter des philosophes ?
En lisant d’autres de tes commentaires, je vois que tu es un idéaliste mais il faut savoir mener certains combats de manière utile si l’on veut susciter une sympathie ou une empathie. Il y a des combats qui sont longs et particulièrement ceux pour la démocratie comme dans le pays que tu cites.
En lisant ce que tu as décrit, cela fait froid dans le dos et le « gore » que tu exposes peut amener une réaction d’aversion.
J’ai pu côtoyer une française d’origine marocaine qui me disait qu’il ne fallait pas croire que le statut de la femme au Maroc allait sur celle de la femme occidentale.
Nombre d’étudiants originaires de pays arabes sont dépités quant à une amélioration possible et prochaine de la démocratie dans leurs pays. Tout ça parce que la religion a un poids très important dans leur législation et que le pouvoir reste entre les mains des mêmes.
Je connais beaucoup qui parlent du choc culturel en venant en France et qui n’ont pas spécialement l’envie de retourner dans leur pays d’origine même avec un bon niveau d’études et possiblement de bonnes places professionnellement.
Quand je pense que le président iranien a supprimé le dernier droit qu’avaient encore les femmes en Iran: la première femme pouvant refuser plus de je ne sais plus trop combien de femmes pour son mari. Voilà, c’est fini. La société patriarcale s’apesantit.
Un conseil: écris un livre sur ce qui se passe dans ton pays d’origine ! Cela fera office de témoignage et l’accumulation de pierres constituera un édifice pour la cause des droits humains or religion bien entendu.
Et aussi: monte des réseaux avec d’autres marocains et publie à dose homéopathique des articles au Maroc !
Hélas, le travail des personnages politiques libres occidentaux est d’une telle ampleur et ils sont tellement sollicités qu’il faut savoir où donner de la tête. Quant aux médias, c’est pareil ils sélectionnent et ils vont là où les associations se font le plus entendre. Il y a combien de pays dan le monde où les droits humains ne sont pas respectés ! Une quantité !!
Mais ne pas confondre religion et droits humains !
Les progrès sociaux ne passent pas par la religion.
Valérie
12 septembre 2008 à 14:40
Un lien intéressant:
http://blog.claris.org/
Valérie
12 septembre 2008 à 15:07
Autre lien intéressant:
http://arpenter-champ-penal.blogspot.com/2008/06/acp-95.html
Valérie
12 septembre 2008 à 19:50
Vidéo du Talk de benoît Hamon ayant eu lieu le vendredi 12 semptembre 2008:
http://actu.orange.fr/articles/interviews/talk-Orange-Figaro/2008/09/201-Benoit-Hamon-redif.html
Valérie
13 septembre 2008 à 00:48
Il me semble que les militants ainsi que ceux parmi les élus qui se posent la question des alliances doivent faire le bilan de la majorité quant à leurs orientations et à la non réceptivité des électeurs sur cette ligne aux échéances nationales !!!
Je pense aussi qu’il est important pour les militants d’avoir une fois par trimestre ou bimensuellement dans l’hebdo des socialistes un comparatif entre tout ce que la droite détruit par les différentes lois/ réformes et tout ce qui avait été mis en place par la gauche lorsqu’elle était au pouvoir (Mitterand, Jospin). Cela permettra d’avoir des argumentaires types pour combattre efficacement les pensées dominantes du néolibéralisme et du « tous pourris, tous les mêmes ». Il faut parler des réformes de la gauche car j’entends même chez des militants des discours emprunts du bourrage de crâne monté par la droite !
La droite a bien compris qu’il fallait faire une guerre psychologique pour entâcher l’idéologie humaniste des socialistes ! Cela commence par la répétition permanente de « ils n’ont pas d’idées, de propositions ».